Le  off-COP21 ou le « sommet des possibles »

Greenschool.org 3

 

Quand il est question du COP 21, les médias s’attardent d’abord à la conférence officielle, et à l’entente à laquelle les pays participants s’efforcent d’arriver. Mais il y a aussi toute une série d’évènements, d’ateliers, de démonstrations, de débats, qui se tiennent un peu partout dans Paris ces jours-ci, en marge de cette grande conférence. Et comme le souligne Kim Davis, président du Conseil du Living Lab de Montréal et spécialiste en développement durable, c’est davantage là qu’il faut regarder, pour demeurer optimiste… 

Kim Davis a répondu à ce sujet aux questions de la journaliste Marie-Claude Ducas

Qu’est-ce qui vous frappe, jusqu’à présent, de votre passage au COP 21?

Il y a des milliers d’évènements par jour, un peu partout dans Paris. Il y a le gros des négociations officielles, qui se déroulent au Bourget, il y a l’exposition Solutions COP21 au Grand Palais, à laquelle participent les institutions, les gouvernements, les entreprises… Puis il y a une multitude d’activités, dans une multitude d’endroits, et jusque dans des cafés où certains louent des salles.  Et c’est très diversifié. Il y a des activités organisées par des universitaires, des organisations sans but lucratif… Et, souvent, ce sont des activités où on fait participer les gens, pour leur faire découvrir certaines réalités. Et cela inclut des présentations artistiques. On se rend compte, souvent, que faire appel à l’aspect esthétique, et affectif, est une bonne façon de réussir à enclencher une réflexion. Une des choses qui me frappent cette année, c’est de voir comment beaucoup de personnalités qui ont commencé à s’intéresser au développement durable disent l’avoir fait parce qu’ils ne retrouvaient plus les lieux de leur enfance.  Karl-Enrik Robèrt, qui est le père du premier cadre scientifique de développement durable, a raconté comment le lac, où il allait pêcher avec son père, dans le sud de la Suède, n’est plus du tout le même maintenant. Cela fait partie des choses qui l’ont poussé à passer de docteur des humains, à docteur de la planète. Il ne faut pas négliger, avec ce type d’enjeu, ce côté affectif. Ça créée le genre de motivation qu’il faut avoir, pour avoir le courage de changer. Constater ce qu’on a perdu, et se dire « je ne veux pas que ça arrive à mes enfants», ça donne le genre d’énergie nécessaire pour changer les choses.

Avez-vous un exemple, qui a attiré votre attention en particulier ?

J’ai été frappé, entre autres, par la présentation sur ce qu’ont fait les étudiants de cette école basée à Bali: greenschool.org . Ils ont fait toute une action, pour sensibiliser aux feux allumés à Borneo, dans les tourbières, et qui brûlent en souterrain, en continu, pendant des mois. On allume ces feux, pour faire place, par la suite, à des plantations pour l’huile de palme.  Ils ont mis au point une application, pour comparer visuellement l’impact, en terme d’émissions. Cette année, on peut voir que c’est énorme: on peut voir que l’empreinte carbone est supérieure à celle de l’Allemagne. C’est un immense problème, qui affecte le monde entier, mais qui n’a pas beaucoup de visibilité. Grâce à une telle initiative, on peut avoir une conversation à ce sujet, et voir ce qu’on peut faire, en tant que consommateurs, pour réduire notre consommation d’huile de palme.

On a là davantage l’impression d’avoir une emprise sur les problèmes, qu’en regardant ce qui se passe à grande échelle, quand on se rend compte, par exemple, que les grands accords de commerce international favorisent certaines choses qui vont à l’encontre de ce que COP 21 voudrait faire…  Quand on regarde ce qui se passe au niveau des grandes négociations, ça devient vite difficile comme atmosphère. On voit du monde  qui craque, en se disant: « mon pays est en train de disparaître, mais pendant ce temps-là ceux qui ont le contrôle ne veulent rien changer», etc. Les activités dont je parle, par contraste, j’appelle cela «le sommet des possibles ». Il y a là plus d’optimisme, on se trouve dans un esprit tout à fait différent.

Vous diriez donc qu’il y a plus d’espoir à fonder sur les petites structures ?

Oui, beaucoup de gens disent que les plus petits territoires, les plus petites entités, sont les lieux où ça peut vraiment se passer. Au-dessus, c’est trop compliqué. Mais parler d’enjeux qui impactent une ville, c’est praticable. Les gens sont attachés aux lieux où ils sont. Il y a énormément de possibilités de ce côté. Dans les rencontres que j’ai eues lors de ce séjour, où il est question des principes à la base des Living Lab, j’ai été frappé de voir combien les gens ont faim d’avoir un processus qui fonctionne vraiment, et qui puisse leur redonner confiance, et envie de travailler ensemble. Les gens sont ouverts à ça, ils veulent ce genre de choses. On dirait que c’est le moment d’avancer à cet égard C’est ce qui résonne, pour les gens.

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À propos de Kim Davis

KimDavisKim Davis détient une maîtrise au Blekinge Institute of Technology, à Karlskrona en Suède, en stratégie de développement durable. Il a aussi un baccalauréat en biophysique, un baccalauréat en sciences informatiques et psychologie, de même qu’un certificat en journalisme, tous de l’Université de Montréal. Comme président du Conseil du Living Lab de Montréal, il a, entre autres, élaboré et animé le TranspoCamp « En ville sans ma voiture » (2012), organisé de concert avec l’Agence métropolitaine de transport (AMT), qui réunissait 400 participants autour de l’utilisation des transports collectifs, de même que le Forum ouvert « Nature et Culture » à la TOHU. En 2012, pour la conférence « Planet Under Pressure », il a été en charge des interventions et des échanges sur les réseaux sociaux.

À COP21, il a le mandat de développer des partenariats pour le Living Lab de Montréal, de même que pour l’organisation « Ingénieurs sans frontières ».

 

 

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