Comment ça, « le mouvement environnemental a échoué» ??

La citation dans ce titre, c’est celle qui coiffait l’article paru hier dans La Presse, à partir d’une entrevue avec le leader environnemental David Suzuki. J’ai le plus grand respect pour David Suzuki, et pour tout ce qu’il a accompli avec les années. Comme activiste environnemental bien sûr. Mais aussi, dans une fonction moins connue, ici au Québec: à la barre de l’émission The Nature of Things, à CBC. Pour ce qui est de rendre la science claire, accessible, et même, souvent, excitante, cette émission a toujours été un modèle. Et, pour ce vulgarisateur hors-pair et passionné, c’était une évolution normale, de s’engager à sensibiliser le public à un enjeu scientifique de nature à nous affecter tous, au quotidien, dans toutes les sphères de nos vies. À savoir: l’état de notre planète, et les enjeux environnementaux qui y sont reliés.

PhotoDavidSuzuki
Photo: François Roy, La Presse

Je trouve donc d’autant plus dommage de voir que l’on privilégie, lors de telles entrevues et interventions,  ce genre de discours tellement populaire dans les médias: à savoir que tout va plus mal, qu’on n’a pas agi assez ni à temps, et que à cause de cela, nous courons tous à notre perte. Je ne vais pas répéter ici à entier les propos tenus par David Suzuki, allez la lire. Mais, pour reprendre quelques éléments qui y sont énumérés, il y est question, notamment, du fait qu’on doive mener encore « exactement les mêmes combats» malgré le fait d’avoir remporté de nombreuses batailles, que de nombreux citadins vivent tellement déconnectés de la nature, et que l’environnement reste un complexe tellement « distant », qui «cède le pas dans la liste des priorités à la technologie ou l’économie».

On peut comprendre la lassitude de quelqu’un comme lui qui, arrivé à 80 ans, se sente parfois découragé du peu de résultats qu’il perçoit en proportion de toute l’énergie qu’il a investie dans une cause. Mais si on veut parler de l’état de l’environnement, il y a bien d’autres choses à dire aussi. Je vais commencer par reprendre certains des propos de l’entrevue, puis passer à d’autres aspects aussi.

« On doit mener encore exactement les mêmes combats » ? Eh oui. C’est le lot de l’humanité, dans une multitude d’aspects. Et on est condamnés à répéter d’innombrables fois les mêmes choses. Quiconque a élevé des enfants, entre autres, sait cela. C’est extrêmement frustrant ; et , globalement, parfois très dommage. Mais ce n’est pas une raison pour tirer un constat d’échec.

Les gens sont déconnectés de la nature ? Oui, sans doute encore trop. Mais là, franchement, ça change. Pourquoi ne dit-on pas là un mot de tout le mouvement de l’agriculture urbaine ? De la percée comme celle de l’entreprise montréalaise Les Fermes Lufa ? De tout le mouvement de l’agriculture urbaine ? Voilà qui témoigne à tout le moins d’un regain d’intérêt envers la nature, sur lequel il faut tabler. On pourrait aussi parler de tous ces mouvements pour reverdir les ruelles, recréer des espaces verts accessibles et très proches, y compris sur des terrasses et sur des toits. Oui, il y a des gens qui, comme cette ami de Toronto dont parle David Suzuki : «Le matin, il descend dans son édifice, va prendre sa voiture au garage, conduit jusqu’au stationnement souterrain de l’édifice commercial où il travaille et fait ses courses, puis revient chez lui. Il peut passer des semaines sans mettre le nez dehors.» Mais vivre comme ça, c’est devenu vraiment moins in… Profitons-en pour que ça devienne moins courant.

L’environnement « cède le pas dans les priorités à la technologie et à l’économie »? Faudrait voir de quoi on parle ici. L’économie et la technologie, ce sont des d’abord des choses qui existent. On est dedans, comme dans l’air qu’on respire. La technologie, – plus ou moins avancée, et sans doute développée et adoptée parfois, avec plus ou moins de discernement – est quelque chose qui fait partie de nos vies, que l’on parle de la machine à vapeur, du métier à tisser, de l’ordinateur ou des divers moyens de transport. Il y a certes des discussions à avoir sur les façons dont on développe et utilise tout ça. Mais ce n’est pas une question de lutte de priorités « entre » l’un ou l’autre. Même chose pour l’économie : on vit toujours dans une système économique ou un autre, que ça nous plaise ou non. Qu’on soit à l’époque de l’autosubsistance, à celle du troc ou du commerce, et qu’on vive dans un système communiste ou capitaliste. La question, c’est de voir à développer des façons de faire humaines, et viables à long terme pour la planète. Cela s’appelle le développement durable. Et c’est un concept qui fait de plus en plus de chemin, dans divers milieux d’affaires. Même si ce n’est pas assez vite, sans doute, encore une fois.

Pour ce qui est du regard à poser sur la situation, je vous invite notamment à aller lire cette chronique publiée il y a quelques temps par Benoît Aubin dans Le Journal de Montréal. Où il écrit entre autres : «Je suis né dans la basse-ville de Québec, près de la rivière Saint-Charles, qui était un égout. Les poêles chauffaient au charbon. Le nordet rabattait sur la ville les fumées sulfurées de l’Anglo. Brouillard, smog, miasmes. Comme à Londres il y a 100 ans, comme à Pékin aujourd’hui. Aujourd’hui, l’air de Londres est transparent, et des saumons remontent la Tamise. Pareil à Québec – comme ce sera à Pékin dans 50 ans, et pour les mêmes raisons. On a cessé les coupes à blanc dans nos forêts; on fera pareil en Amazonie un jour, et pour les mêmes raisons. Les baleines, les morues, les outardes reviennent maintenant qu’on les protège…»

Allez aussi lire ce billet de blogue, où je traitais du discours tenu par l’auteur Matt Ridley dans son livre The Rational Optimist. (À défaut d’aller lire le livre, voyez au moins sa conférence TED, que je relaie aussi dans non billet.) À la longue, tout ce pessimisme a un coût, tant humain qu’économique. «If you teach children that things can only get worse, they will do less to make it untrue, écrit Matt Ridley. I was a teenager in Britain in the 1970’s (…). I realised about the age of 21 that nobody had ever said anything optimistic to me about the future of the human race – not in a book, a film, or even a pub, Yet, in the decade that followed, employment increased, especially for women, health improved, otters and salmon returned to the local rivers, air quality improved, cheap flights to Italy began from the local airport (…) I feel angry that I was not taught and told that the world could get much better.”

Pour être exacte et équitable, je dois dire que, dans La Presse d’aujourd’hui (25 mars), Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, signe un billet d’opinion au ton moins défaitiste, et où il incite à l’initiative. C’est davantage encourageant et constructif. J’ai néanmoins des réserves quant à son discours selon lequel ce serait un piège de trop se fier aux «petits gestes individuels et les solutions technologiques» , plutôt qu’aux grandes « décisions collectives »… Mais j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur cet aspect.

Je veux aussi faire mention du colloque organisé par la TELUQ, auquel j’ai assisté cette semaine, et auquel le Living Lab de Montréal prenait part. On y traitait de l’émergence de ce qu’on appelle parfois les «tiers-lieux» on, de plus en plus, les « inter-lieux » : ces lieux intermédiaires, qui permettent aux travailleurs d’œuvrer à distance, hors de leur domicile, mais sans avoir à se déplacer vers un même bureau à heures fixes … et tous en même temps, ce qui est à la source d’un grand nombre de problèmes environnementaux. Un peu comme l’agriculture urbaine, c’est un genre de mouvement qui est en explosion, tant à Montréal qu’un peu partout dans le monde. Et c’est un mouvement qui émerge d’initiatives individuelles, tout en étant porté, en bonne partie par des impératifs économiques… et rendu possible par des progrès technologiques.

Alors voilà. En terminant, David Suzuki sera à la conférence C2MTL , ce mois de mai. Je m’engage officiellement, – et à moins d’empêchement majeur -, à aller soulever de tels aspects, s’il y a une période de questions du public après sa conférence 🙂 .

D’ici là, que pensez-vous de tout cela ?

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