Le Montréal des innovateurs : dynamisme, proximité, bilinguisme… et promotion du français

Des initiations étudiantes interuniversitaires… et bilingues ? Des entrepreneurs qui apprendraient les rudiments de l’impro? Voilà le genre d’idées qui peuvent émerger quand on tient un panel sur l’innovation. Sans oublier la promesse d’inviter des femmes, la prochaine fois…

J’ai toujours considéré avec intérêt ce que fait l’École de Technologie supérieure (ÉTS), cette école de génie qui fait partie du réseau de l’Université du Québec, et bien implantée dans Griffintown , rue Notre-Dame face à l’ancienne brasserie O’Keefe, depuis le début des années 2000. On y a le tour, au départ, de favoriser des initiatives comme le concours de canoës en béton, , on encore le concours Pont/Pop, pour lequel j’ai déjà eu le plaisir de faire partie du jury. Et puis surtout, il émane de l’ETS toutes sortes de maillages intéressants entre l’université et la « vraie vie », si j’ose dire : les entreprises tout d’abord, mais aussi la société québécoise, à commencer par Montréal. Ce n’est sans doute par pour rien que l’ÉTS a été au cœur de la création du Quartier de l’innovation, établi afin de favoriser, dans Griffintown, les interactions entre les volets institutionnel, entrepreneurial, urbain et social.

Panel-ETS
Damien Silès animait le panel constitué de Pierre Laporte, Olivier Bourbonnais, Alexandre Taillefer et LP Maurice

Alors ce n’est pas pour rien si, comme beaucoup d’autres, j’ai eu envie d’assister à un événement organisé par le club Énergie-ÉTS, en collaboration entre autres avec le Quartier de l’Innovation, même s’il portait un titre aussi peu sexy et aussi « buzzword » du moment que « Un Montréal innovant : une opportunité pour l’entrepreneuriat »… Et même si, à voir l’annonce pour l’événement , on risquait de conclure que l’innovation est quelque chose d’exclusivement masculin ! Il reste que, quand on peu voir à une même tribune un entrepreneur et intervenant comme Alexandre Taillefer, associé principal de  XNPD Capital, entre autres fondateur de Teo Taxi, sur la même tribune que Louis-Philippe («LP») Maurice, le fondateur de BusBud, Olivier Bourbonnais, qui a créé la startup SmartHalo et Pierre Laporte, président au Québec et vice-président au Canada de la firme Deloitte, il y a des chances d’en ressortir quelque chose d’intéressant. Et ça a effectivement été le cas, pour ce panel animé par Damien Silès, président directeur-général du Quartier de l’Innovation.

Innovation : nom masculin ?

Commençons par régler tout de suite cette question de l’absence de femmes sur ce panel. D’entrée de jeu, le responsable du club Énergie-ÉTS a fait amende honorable, en disant qu’un prochain panel, sur le même thème, regrouperait exclusivement des femmes. Par la suite, lors de la période de questions, je suis allée souligner, d’une part, à quel point le caractère masculin de l’événement avait soulevé des commentaires sur les réseaux sociaux… et aussi, d’autre part, à quel point ce serait encore plus intéressant de penser à intégrer des femmes (au moins une!) dès le départ à ce genre de panel, et non pas juste créer des silos « hommes » d’un côté, et « femmes » d’un autre. Mais bon, c’est un début. Et puis, il sortira sûrement quelque chose d’intéressant aussi d’un panel sur l’innovation au féminin.

Mais pour l’instant j’y vais, sur les quelques aspects qui m’ont particulièrement frappée dans ce panel.

Ode à Montréal

Ce n’est pas la première fois que ça me frappe dans des circonstances semblables, mais c’est arrivé encore une fois ici : je n’en reviens pas de voir à quel point, dès qu’il est question d’innovation et d’entrepreneuriat, on trouve des gens prêts à chanter les louanges de Montréal, à faire ressortir son caractère unique, ses avantages incomparables… Par rapport à ce qu’on lit, voit et entend tous les jours dans les médias, à savoir les problèmes d’infrastructure, la dèche de commerçants, le déclin des quartiers, la faiblesse économique, etc., etc., etc… le contraste est frappant. On finit toujours par se demander : qui croire ? Puis ensuite, et surtout : comment faire pour que cette foi en Montréal, et ce dynamisme qu’on voit dans certains milieux, finissent par transpirer davantage partout ?

Voici, en vrac, quelques réponses données par les panélistes jeudi, quand on les a questionnés sur les forces de Montréal, et sur ses faiblesses.

Olivier Bourbonnais : «La plus grande force à Montréal, c’est l’entrepreneuriat! La grande proximité qu’il y a ici entre les joueurs, entre les entreprises et les universités, rend bien des choses possibles. »

LP Maurice : «Il y a une grande communauté « organique » de start-ups, qui n’existe nulle part ailleurs. » Une faiblesse par contre, selon lui, est le manque d’une entreprise « ancre » dans l’innovation, un peu comme ce que Shopify a fini par créer à Ottawa, et qui favorise l’émergence de plein d’autres entreprises autour.

Alexandre Taillefer : «La plus grande force ici, c’est l’authenticité qu’on trouve ici. Avec la grande qualité de vie qui est possible, ça donne une grande capacité à attirer du talent.» Comme faiblesse, Taillefer a évoqué cette fameuse dichotomie dont je parlais : «On est la deuxième ville universitaire en Amérique du Nord, mais on est dans les derniers en terme de diplômes dans la population… »

Pierre Laporte, après avoir cité comme formce la jeunesse, le dynamisme et l’effervescence qu’on trouve ici, a aussi évoqué les problèmes d’infrastructure, qui vont finir par être un obstacle majeur à tout développement.

Aparté de ma part : comment se fait-il qu’on ne trouve pas davantage le moyen de canaliser toute cette capacité qu’on a ici pour l’innovation, afin de résoudre des problèmes liés aux nids-de-poule, à la congestion, à la fluidité dans les transports en communs… ? Il y a quelques affaires qui se font dans ce sens, c’est vrai. Mais il faudrait vraiment voir à accélérer tout ça. Et utiliser davantage les ressources qui existent à des endroits comme l’ÉTS, et Polytechnique aussi.

LP Maurice n’en a pas moins souligné la capacité qui existe, à Montréal, pour attirer des gens venus d’un peu partout, y compris d’endroits comme San Francisco. « on fait des ‘pitches’ sur Montréal, pour les gens de l’extérieur», dit-il.

Rendre le français « cool »

Une des choses qui est ressortie en cours de débat, c’est à quel point on ne tire pas assez partie de certaines choses qui sont vraiment uniques à Montréal. À savoir, à la fois : le grand nombre d’institutions universitaires que compte la ville, en même temps que son caractère bilingue.

Je sais à quel point la question du bilinguisme de Montréal fait bondir bien du monde dans certains cercles. Pour certains les termes « bilinguismes » et « bilinguisation » deviennent même des termes à caractère péjoratif. Dans des contextes comme l’événement de jeudi, ça ne fait pas de doute: le bilinguisme profond de Montréal, et son authentique ancrage à la fois dans la francophonie et la culture anglo-saxone, sont des avantages inestimables dont il faut vraiment tirer parti. Et, ce n’est pas forcément se montrer « colonisés » de vouloir tirer parti de nos assises anglo-saxonnes. Tout dépend de la façon dont on le fait.

Étrangement, nous entretenons à l’égard de l’anglais les tabous que je viens de décrire, tout en nous auto-censurant de façon bizarre quant à notre caractère francophone. « Pourquoi, le fait que nous parlons français semble être vu comme cool partout ailleurs, sauf ici ? », a demandé un participant lors de la période de questions. Bonne question en effet… Qu’est-ce qui nous empêche de rendre cool, aux yeux de ceux qui arrivent de l’extérieur pour étudier et travailler ici, le fait que nous parlons français, et cette ouverture sur une culture différente? « Si on trouve que ça parle trop anglais au centre-ville, c’est d’abord de notre faute », a observé Pierre Laporte.

Et pourquoi, a soulevé Alexandre Taillefer, les étudiants des diverses grandes universités n’ont-ils pas davantage de contacts entre eux? Il a avancé une idée intéressante : pourquoi ne pas revisiter quelque chose d’aussi connu que les «initiation étudiantes » des rentrées, et instaurer des initiations interuniversitaires? Faire se rencontrer des étudiants de McGill et de l’Université de Montréal, de l’UQAM ou de l’ÉTS et de Concordia… Voilà une belle façon, en effet, de tout de suite ouvrir une fenêtre, pour les étudiants canadiens-anglais et américains, sur le caractère différent de la ville. Le côté différent de la ville est ce qui la rend attrayante au départ… pourquoi continue-t-on de laisser, ensuite, s’installer des sortes de ghettos ?

Proximité, diversité, conditions propices aux maillages : voilà autant d’avantages réels dont on ne tire pas assez parti. Maillages entre entrepreneurs émergents, et entrepreneurs établis. Du mentorat, cela se fait déjà, mais on peut sans doute, davantage encore, les types d’entrepreneurs. Maillages entre institutions et entrepreneurs, on en a déjà parlé. Et maillages, aussi, entre milieux d’affaires et artistiques, par exemple. « La chose qui m’a le plus servi comme entrepreneur… c’est l’impro!», a dit Alexandre Taillefer.

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2 commentaires

  1. En réponse à la proposition de Monsieur Taillefer(associé XPNDCapital), pour la favorisait favorisation des maillages inter-universitaires, une initiative est déjà entamée à l’heure actuelle. Tout récemment étaient assis autour d’une table les clubs entrepreneurs de McGill, HEC, Polytechnique, ÉTS, Concordia ainsi que la John Molson School of Business, dans l’optique de favoriser et dynamiser le réseautage inter-universitaire.

    Nous savons d’emblée que le succès des jeunes entreprises passe d’abord par la formation d’équipe multidisciplinaire et complémentaire(article provenant du MIT Entrepreneurship Center). Après avoir assisté à plusieurs présentations d’entrepreneurs à succès, le même discours revient sans cesse: « La réussite de vos entreprises passeront toujours par vos relations». Finalement l’entraide prime d’abord sur tout.

    Il m’apparaît toujours surprenant de voir à quel point le milieu des affaires, celui des visionnaires, est toujours « tissé serré ». Il est vrai que dans un domaine où la concurrence et très féroce, l’heure n’est pas à la querelle mais bien à l’entraide.

    Madame Ducas nous questionne “ comment faire pour que cette foi en Montréal, et ce dynamisme qu’on voit dans certains milieux, finissent par transpirer davantage partout ?”. À ce sujet je garde une certaine réserve entre la société et la réalité profonde de l’entrepreneuriat. Le contraste de l’entrepreneur avec ses semblables est certes son dynamisme et sa témérité face aux défis. Pour ma part, il s’agit d’une attitude face au chose. Un état d’être. Tout peut être vue comme une opportunité, d’affaire ou sociale. Mais le résultat sera conséquent avec la façon dont les gens feront face aux enjeux. Assis et décourager. Où debout et persévérant. Un peuple debout et fière réalisera toujours de grands exploits. Il n’est pas nécessaire d’avoir un grand leader à la barre pour diriger une société mais simplement des gens investit et fière d’eux même.

    Mathieu Phaneuf
    Président du RETS – Regroupement d’Entrepreneuriat Technique et Stratégique de l’ÉTS

    Aimé par 1 personne

    • Merci de cette réponse réfléchie et élaborée! Je tâcherai de suivre de plus près ces initiatives de rapprochement entre les universités: je crois vraiment en cette nécessité de faire se rencontrer davantage les cultures. Et aussi, celles qui veulent inciter les entrepreneurs à s’ouvrir davantage, eux aussi. Et en terminant, je vous incite fortement, aussi, à faire partir de ceux qui vont insister pour ouvrir les panels aux deux sexes, aussi. Des panels entièrement masculins, ce n’est tout bonnement plus acceptable. Je vous invite à aller voir, sur la page Facebook, les commentaires que la publication de mon billet a suscités à cet égard. Et, je vous invite déjà à lire ce billet d’opinion, que m’a relayé l’experte en gestion Estelle Métayer… mais signé par un homme : http://www.macleans.ca/society/life/i-will-no-longer-speak-on-all-male-panels/

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