L’impact des changements climatiques sur le tourisme

Je ne sais pas si beaucoup d’entre vous ont déjà été exposés au travail que fait Ouranos, ce consortium privé sans but lucratif, consacré à l’impact des changements climatiques. Pour ma part, cela m’est arrivé pour la première fois vendredi dernier ( 8 avril), lors d’un des Gueuletons touristiques, ces évènements que tient régulièrement la Chaire de tourisme Transat de l’École des Sciences de la gestion, et dont le thème était, cette fois : «Les changements climatiques : quels impacts sur les activités touristiques?»

Honnêtement, je trouve que si plus de monde était exposé aux données et aux faits que présente Ouranos, on aurait des chances de se retrouver pas mal moins avec le genre d’impasse dans lesquelles on se retrouve sans cesse, dès qu’il est question de

PromenadePercé
Un exemple d’impact concret des changements climatiques: les dommages subis par la Promenade de Percé. (Photo: Ici Radio-Canada)

changements climatiques. Dans la présentation à laquelle j’ai assisté vendredi, Alain Bourque, directeur général de Ouranos, livre l’information, solidement appuyée par les faits, en les mettant en contexte. Et il le fait, surtout, sans ce ton à la fois catastrophiste et moralisateur, trop souvent adopté quand on traite du sujet. Ce genre de ton qui, j’ai l’impression, est justement à la base de bien des impasses dans lesquelles on finit par se retrouver : face à des scénarios-catastrophes, mêlés à une condamnation sans appel de notre mode de vie, que voulez-vous que la plupart des gens aient envie de faire ? Décrocher carrément et penser à autre chose, comme cela se produit la plupart du temps. Ou encore, partir en violemment en guerre contre ce genre de discours, en niant et en tentant de le discréditer, comme cela se fait parfois.

Les faits comme ceux auxquels on a été exposés vendredi sont déjà assez troublants sans qu’on ait besoin d’en rajouter. Et en même temps, au lieu de nous faire sentir complètement anéantis et découragés, ils nous poussent à nous interroger sur la façon de réagir, concrètement. D’une part, oui, sur les façons de cesser de contribuer au réchauffement, et des façons dont on pourrait espérer le ralentir. Mais aussi sur les meilleures façons de s’adapter aux changements qui surviennent déjà bel et bien. D’ailleurs, pour ceux qui veulent en savoir plus, voici le lien vers la synthèse qu’a fait Ouranos sur les enjeux en matière de tourisme.

Et soulignons que vendredi, avant qu’Alain Bourque ne parle, c’est le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, qui a pris la parole d’entrée de jeu à cet événement. «Il y a 10 ans, on n’aurait pas mis au programme un enjeu comme l’adaptation, pour le secteur touristique, à l’impact des changements climatiques, a-t-il souligné. Mais c’est devenu un impératifs économique, en plus de l’être sur le plan environnemental et social.» On est bien obligés de constater, en effet, qu’il y a des impacts sur nos hivers (et va-t-on pouvoir encore longtemps positionner Montréal comme « ville d’hiver» ?), sur le Saint-Laurent, sur l’agriculture… «Maintenant, les extrêmes météo transforment les choses, poursuivait David Heurtel. On a besoin d’innovations: de bâtiments verts, de développer les transports… Et il faut arrêter d’opposer environnement et développement économique, arrêter cette dichotomie. Il y a des opportunités en matière de tourisme, compte tenu entre autres du fait que l’écotourisme est un de nos créneaux. Il faut apprendre à attirer des clientèles touristiques en raison de nouvelles façons de faire.»

Et en conséquence, voici un résumé des faits et des données exposés par Alain Bourque de Ouranos :

Il y a une tendance statistique de réchauffement. À cause des gaz à effets de serre, et aussi des déforestations. Il y a une variabilité annuelle (c’est-à-dire, encore, certaines périodes plus froides). Mais par exemple, le mois de février 2016 a été le plus chaud sur la planète depuis 200 ans.

En tourisme, il faut déjà s’adapter à la météo, à la variabilité du climat ; et aussi, de plus en plus, aux changements climatiques. Il y a des impacts sur la construction, la conception des ouvrages; et aussi sur les assurances et la gestion des risques. Il faut intégrer le fait que notre climat n’est pas stable. Ce que vivent les stations de ski en est un bon exemple…

Et, la vitesse du réchauffement au Canada est environ deux fois plus rapide que celle à l’échelle mondiale: le réchauffement a plus d’ampleur dans les pays nordiques que chez les autres. Au Québec, cela signifie, par exemple plus de chaleurs extrêmes, et des augmentations des pluies printanières et automnales.

Mais aussi, des hivers moins froids, et des vagues de froid qui durent moins longtemps. «Je dis souvent que les gens de Québec vont avoir les hivers de Montréal, et Montréal les hivers de Toronto», dit Alain Bourque.

Il y a quand même, au final, des impacts moins grands ici qu’ailleurs. Et ainsi, ironiquement, des opportunités chez nous. Il suffit de voir des problèmes comme les sécheresses en Californie, ou l’impact sur les stations de ski en France. Citons aussi les impacts de l’ouragan Sandy en 2012 : la hausse du niveau de la mer au New Jersey ; l’aéroport La Guardia à New York qui avait été inondé, et des quartiers inondés à Miami, même sans passage de tempête, à cause de la hausse du niveau de l’océan. «On a souvent à subir des extrêmes avant de s’adapter», a souligné Alain Bourque, avant de citer aussi à cet égard un contre-exemple particulièrement désolant : en Caroline du Nord, on a récemment passé une loi qui INTERDIT de planifier en tenant compte de possibles changements climatiques…

Alors que, au contraire, il faut sérieusement penser à s’adapter aux extrêmes et changements climatiques. On parlait des impacts sur le Golf et l’estuaire du St.-Laurent… Il suffit de voir ce qui est arrivé à la promenade de Gaspé, dont il faut maintenant se demander quel est le meilleur scénario pour la reconstruire. « En ville, il faut se pencher sur des cartes des îlots de chaleur urbaines, voir à réduire les effets des canicules», poursuit Alain Bourque. Il faut voir des impacts comme l’augmentation des cas de la maladie de Lyme, les effets sur le rendement agricole…

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David Heurtel, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte au changements climatiques. (Photo: Stef & Stef)

«Il faut concevoir infrastructures autrement, dit Alain Bourque. Un peu partout dans le monde, décideurs et organisations intègrent les changements climatiques à leur modèle d’affaires.» Si on parle d’opportunités, le ski ici peut devenir plus attirant pour des gens d’ailleurs dans le monde, par exemple des États américains plus au sud, où ce sport deviendra peut-être moins pratiquable. Mais il faut vraiment se pencher en détail sur les conséquences. Pour le golf, par exemple, les impacts ne sont pas toujours automatiquement positifs qu’il n’y paraît : c’est bien beau, se dire que la saison deviendra plus longue, mais comment s’assurer d’avoir, pour les terrains, la main d’œuvre en conséquence? «Pour l’instant, peu d’informations existent quant aux conséquences sur les PME, observe Alain Bourque. Il faudra que les gains compensent vraiment pour les pertes.»

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Alain Bourque, directeur général de Ouranos. (Photo: Stef & Stef)

La présentation s’est terminée avec des témoignages pour le moins troublantsd’intervenants dans le domaine touristiques, l’un venu des Cantons-de-l’Est, l’autre des Laurentides. «On a eu une saison de ski affreuse, tout le monde le sait, a dit Alain Larouche, directeur général de l’Association touristique régionale (ATR) des Cantons-de-l’Est. Mais ça a été désastreux pour la motoneige aussi. Au point où on se demande si cela vaut la peine de refaire la carte des sentiers. Ce n’est pas payant, à long terme, d’investir pour faire revenir les clients seulement de temps en temps, si on a trop de mauvais hivers…» Il y a aussi des impacts pour des sites touristiques. «Les Gorges de Coaticook ont dû refaire leurs sentiers quatre, cinq fois… Les averses ressemblent maintenant à des orages tropicaux.»

Le ministre David Heurtel a conclu en soulignant le besoin de faire connaître l’impact des changements, de bien le vulgariser, et sans hésiter à recourir à des images fortes et concrètes. «Je le dis depuis un moment et on ne semble pas me croire, mais si ça continue, il va y avoir des sections de la route 132, dans le Bas-Saint-Laurent, qui vont se retrouver sous l’eau dans quelques années«, a-t-il illustré.

Et à travers tout cela, dans l’industrie du tourisme, il va aussi falloir s’interroger sur ses propres impacts : «si le tourisme était un pays, ce serait le sixième plus grand émetteur de gaz à effet de serre», a aussi dit Alain Bourque lors de sa présentation.

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