L’expérience Wikipédia et la vision de Jimmy Wales

Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, était à Montréal lundi soir dernier (11 avril), pour une conférence organisée  par le Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en association avec la Jeune chambre de Commerce de Montréal.

Pour vous rafraîchir la mémoire sur son background et son cheminement, je vous invite à aller voir (quoi d’autre ?…) sa référence Wikipédia . Et sur la conférence de lundi, allez aussi voir l’article de Sébastien Tanguay paru dans le Journal Métro, qui met l’accent sur son projet d’inciter les fournisseurs de cellulaire à offrir l’accès gratuit aux données en ligne, dans les pays en voie de développement. Quant à l’article de Fabien Deglise paru dans le Devoir, il fait état du point de vue de Wales par rapport à la protection de la vie privée, entre autres bien sûr en ce qui a trait au cas de FBI qui voulait forcer Apple à lui donner accès au contenu crypté d’un iPhone.

Wales
Jimmy Wales, sur la scène du Centre Pierre-Péladeau, le 11 avril 2016.

Voici pour ma part les aspects qui m’ont frappée, par rapport à toute cette expérience de Wikipédia.

C’est devenu LA référence. En cours de conférence, Jimmy Wales parlait de la fille d’un ami, dont le professeur expliquait, en classe, ce en quoi consiste une encyclopédie. «Ah, vous voulez dire comme Wikipédia?», a dit l’un d’eux. Wikipédia existe depuis maintenant 15 ans. Et donc, toute une génération qui finit son secondaire, et même qui l’a déjà terminé, a d’abord été exposée à Wikipédia, plutôt qu’aux encyclopédies « classiques ». Qui aurait pu croire, il y a seulement 20 ans, qu’on arriverait à une telle chose: une encyclopédie gratuite, rédigée par le public… et dont l’exactitude et la fiabilité n’en sont pas moins, désormais, clairement reconnues. Wikipédia a publié 40 millions d’articles, et, selon ComScore, attire 400 millions de visiteurs uniques. « Mais nous savons que, en fait, c’est davantage, parce que ComScore ne répertorie pas toujours aussi bien ceux qui proviennent des pays en voie de développement», a souligné Jimmy Wales.

La réussite d’un modèle basé sur la collaboration, le volontariat, la gratuité, et l’autorégulation. Entre 3000 et 5000 personnes sont des collaborateurs réguliers, qu’on désigne comme des « Wikipédiens »: des gens qui contribuent très activement à rédiger des entrées sur Wikipédia, et \ ou à les vérifier, les corriger… Et qui font tout cela en respectant des lignes directrices et une éthique de base.   Entre autres: Wikipédia est une encyclopédie, et pas un média. On est donc là pour donner les faits, en respectant l’exactitude, mais aussi la neutralité. «Dans un débat, les tenants d’une opinion comme d’une autre vont pouvoir se reférer à nous pour avoir l’information la plus complète possible; mais ce n’est pas nous qui allons choisir un point de vue», dit Jimmy Wales. Les règles énoncées sont claires et très simples: à part les principes d’ouverture et de neutralité, on met l’emphase sur l’importance de la civilité et du savoir-vivre. «C’est le genre de règles qu’on se fait inculquer à la maternelle, dit Jimmy Wales. On veut que les contributeurs n’aient pas à maîtriser toute une série de principes compliqués.» Qui aurait pu prévoir une telle réussite, pour un projet basé sur des principes que beaucoup auraient pu au départ qualifier de « boy-scout»? Et, alors que, dans les médias, on s’arrache les cheveux avec le problème des « trolls », et que beaucoup ferment carrément leur section de commentaires, voici une organisation qui fonctionne uniquement avec ça: les contributions des usagers. Juste un idée, comme ça….   Et puis, le financement aussi provient des usagers: Des dons ce 30-40$ en moyenne à la fondation Wikimédia, avec aussi une proportion appréciable dans la fourchette des 50-100$.

Encore un monde de gars… Les Wikipédiens sont avant tout de sexe masculin. À 87%. Vous avez bien lu. «Oui, on considère que c’est un problème», dit Jimmy Wales. Leur âge moyen est de 26 ans; les détenteurs de doctorat (PhD) y sont surreprésentés: le double de la population. Autrement dit, les Wikipédiens sont, de façon prédominante, des « geeks » finis. Qui sont portés à écrire sur des sujets qui les intéressent… et prêts à y passer beaucoup de temps. «L’entrée au sujet du protocole USB, et de toute son histoire, est incroyablement détaillée, observe Jimmy Wales. Alors que sur d’autres sujets, qui pourraient avoir trait par exemple aux enfants, au développement, on a bien peu de choses par comparaison.» C’est encore le problème de la poule et de l’oeuf: y aurait-il davantage de femmes pour contribuer pour si les sujets qui peuvent les intéresser étaient mieux traités au départ ? Mais pour que ce soit le cas, il faudrait qu’elles contribuent davantage. «On manque de diversité, et on veut y remédier», a dit Jimmy Wales. À suivre…

Des développements à suivre. L’immense essor du mobile va continuer de changer la donne. « On en trouve en nombres incroyables, pour des sommes beaucoup plus abordables qu’avant, dans beaucoup de pays d’Afrique, dans des endroits comme le Nigeria», dit Jimmy Wales. Ils deviennent le principal moyen d’accéder à l’information. Et Wikipédia regarde de plus en plus sérieusement sont développement dans les langages autres que l’anglais, ou d’autres langues internationales comme le français ou l’espagnol. Au point de de vue de la diversité, l’avenir pourrait réserver des surprises…

La philanthropie, avenir des marques. D’autres aspects intéressants, entre autres en lien avec le modèle d’affaires de Wikipédia sont ressortis de la seconde partie de la soirée, alors que Wales était interviewé par l’experte en stratégie Estelle Métayer. Je vais juste m’attarder à un aspect pour l’instant, où il parlait de la nouvelle mécanique qui régit maintenant le marketing. «Le bouche à oreille est devenu tellement important, au point que des entreprises peuvent se passer de toute forme de marketing traditionnel, note-t-il. Google s’est rendu où il est, sans en faire. Et regardez ce qu’est arrivé à faire une entreprise comme TOMS… Le marketing peut maintenant être redirigé vers des causes.»

C’est un aspect auquel je prendrai le temps de réfléchir davantage, pour y revenir. Une autre chose aussi, que j’aimerais creuser, c’est tout le volet lié à l’éducation: il me semble que l’école pourrait tirer parti bien davantage de tout ce qui est désormais rendu possible par le partage d’informations en ligne. Et que, on en est bien loin…

Qu’en pensez-vous ?

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