Sur Vice Media : à lire absolument dans ROB Magazine

Si vous vous intéressez un tant soit peu à Vice Media – dont le co-fondateur, Suroosh Alvi, était présent la semaine dernière lors de la conférence C2Mtl – tâchez de mettre la main sur l’édition de juin du Report on Business Magazine, parue avec le Globe and Mail du 27 mai. Et lisez le reportage intitulé, en couverture : Vice Media is now valued in the billions – and why that’s totally crazy.
À C2MTL, lors de l’entrevue menée par Adam Gollner,

ROB-Vice
Reportage sur Vice Media dans le ROB Magazine: à lire !

auteur, musicien et ancien rédacteur en chef de Vice Magazine, Alvi a retracé les débuts héroïques de ce futur empire médiatique, qui a démarré sous forme de feuille de chou alternative anglophone – d’abord sous le nom the The Voice of Montreal – en 1994 à Montréal; dans un marché déjà occupé par deux concurrents (The Mirror et Hour), et tout ça dans une communauté déchirée et déprimée par un second référendum qui s’annonçait : tout pour espérer réussir, quoi… Aujourd’hui Vice, qui a depuis déménagé à Brooklyn, s’est imposé comme « le» média dans lequel les milléniaux se reconnaissent, s’est établi dans plus de 30 pays, et a pu attirer des investissements majeurs, notamment de la part du géant multinational Murdoch. Vice Media a depuis lancé la chaîne télé Viceland, d’abord aux Etats-Unis en conjonction avec A&E (propriété de Disney, qui a aussi investi dans Vice), puis au Canada, en conjonction avec Rogers Media. Lors de C2MTl, Suroosh Alvi a d’ailleurs annoncé son intention d’augmenter la présence de Vice à Montréal, et en français : « It’s about time», a alors déclaré celui-ci. Il a même évoqué Montréal comme un des quelque 20 marchés dans la mire de Viceland pour son expansion. Il a toutefois rapidement tempéré les ardeurs à cet égard par la suite, en déclarant, en entrevue avec La Presse « On cherche des partenaires, ce n’est pas pour tout de suite »…

SurooshAlvi
Suroosh Alvi à C2MTL (Crédit photo: Allen McEachern)

Dans ce contexte, le reportage du ROB Magazine est particulièrement intéressant à lire. D’autant plus que l’auteur, Maryam Sanati, a plus que gagné ses galons dans l’univers du journalisme et de l’édition de magazine au Canada : elle a été entre autres rédactrice en chef de Chatelaine, et rédactrice en chef adjoint à Report on Business Magazine, et est maintenant en charge des projets spéciaux à St. Joseph Media, qui publie entre autres le magazine Toronto Life.

Dans son article, en évoquant les tous débuts de Vice, elle rappelle le fait qu’un des investisseurs à la fin des années ’90 était le montréalais Richard Szalwinski, un ancien de Softimage qui avait depuis démarré sa propre firme, Discreet Logic… Quelque chose que je savais, mais que j’avais depuis complètement oublié. Szalwinski avait aussi investi à l’époque dans Shift, à Toronto, où Sanati travaillait, et entrepris d’implanter les deux publications aux Etats-Unis. Après la catastrophe de l’éclatement de la bulle « dot-com », Shift s’est sagement replié vers son premier marché. Mais Vice a continué, contre vents et maréees. Avec la suite qu’on connaît aujourd’hui…

C’est extrêmement intéressant de voir relatées les nombreuses péripéties de Vice, y compris les volte-face, les goûts de gueule, et les contradictions de ses dirigeants. À commencer par le flamboyant Shane Smith, à l’origine davantage le gars de marketing parmi le trio des fondateurs de Vice, et qui est devenu depuis sa tête d’affiche. Lequel avait notamment déclaré en 2012 que le Canada, qu’il avait choisi de quitter, était un endroit « ennuyeux jusqu’à l’abrutissement et incroyablement hypocrite »… Ce qui ne l’empêche pas, maintenant, de trouver l’endroit suffisamment intéressant pour y revenir, en faisant un partenariat avec Rogers.

Il n’y a pas à contester, c’est certain, le succès de Vice, ni leur façon rafraîchissante d’aborder les contenus, qui en fait tout l’intérêt. Mais c’est intéressant aussi, de voir des reportages qui prennent vraiment la peine d’aller au-delà de la « bullshit» d’usage… et font ressortir par le fait même à quel point l’engouement pour de telles business émergentes repose souvent sur une bonne dose de « hype». J’aime particulièrement ce passage mettant en scène le regretté chroniqueur média du New York Times, David Carr :

« Calling bullshit on the media business was a specialty of the revered late New York Times reporter David Carr. In «Page One», a 2011 documentary about the Times, he sits to interview Smith and crew, who start amping up Vice’s ‘trusted brand’ status. Waving his hands, Smith talks about how Vice reports what young people want to see, stuff traditional media like the Times won’t touch – for instance, ‘The Vice Guide to Liberia’, in which Smith and crew show a feces-strewn beach and he talks to cannibals about their practice of drinking the blook of children. Carr cuts him off right there. ‘Before you even went there, we’ve had reporters there reporting genocide after genocide’, he says. ‘So just because you put on a fucking safari helmet and look at some poop, that doesn’t give you the right to insult what we do.’ Smith, for once, looks cowed. ‘So continue’, Carr says. »

On voit aussi, entre autres, comment Vice est loin d’être immunisée contre les conflits entre le contenu éditorial et les intérêts des annonceurs, questions avec laquelle se débattent tous les médias, « traditionnels » ou non. Et on voit aussi que, toute « 2.0 » et progressiste qu’elle se veuille, Vice Media est loin de pratiquer la transparence absolue… (Et puis, si je peux me permettre : ce qui me frappe aussi, c’est le côté très macho et incroyablement « boys club » qui transpire dans toute cette entreprise dès le début. On n’a pas à trouver ça mauvais en tant que tel, mais… c’est incontestablement leur ADN.)

Ça n’enlève rien à  l’intérêt de Vice, ni à son mérite de brasser la cage dans le paysage médiatique. Mais ça demeure important de mettre sous la loupe de telles entreprises, comme on le fait pour bien d’autres choses. En leur appliquant une bonne dose rigueur journalistique, selon les critères qui s’imposent en la matière depuis un bon bout de temps…

Y en a-t-il qui, par hasard, ont lu ce reportage ? Qu’en pensez-vous ?

Et, que vous l’ayez lu ou non, que pensez-vous de Vice ?

 

 

 

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