Réflexion médias : l’adieu à Jeffrey Simpson

Quand on voit plusieurs journalistes – un métier où d’habitude on aime bien se critiquer, surtout entre médias concurrents – pratiquement rivaliser entre eux pour rendre hommage à un autre journaliste, cela mérite qu’on y prête attention. Dans ce cas-ci, c’était pour souligner, ces jours derniers, le départ à la retraite de Jeffrey Simpson, l’incomparable chroniqueur politique du Globe and Mail. Yves Boisvert, chroniqueur de La Presse, qui tient aussi une chronique au Globe and Mail, lui a rendu hommage ici. Le chroniqueur René Vézina a fait de même sur son blogue au Journal Les Affaires. Global News lui a consacré un segment .

JSimpsonDans son article, Yves Boisvert décrit Jeffrey Simpson comme «a journalist’s journalist» : à la fois un sage et un vétéran du métier, le genre de journaliste auquel les plus jeunes ne pouvaient que rêver de ressembler. Mais, ce qui est réconfortant, c’est de voir aussi les réactions des lecteurs, suite à sa dernière chronique, publiée dans les pages du quotidien le 1er juillet : «Je propose qu’on rende illégal le fait qu’il prenne sa retraite», suggère une lectrice (au nom francophone) de North Vancouver. «J’ai maintenant perdu la principale raison que j’avais de me lever et de prendre ma première tasse de café», écrit un autre lecteur, de Hamilton celui-là.

C’est symbolique : Jeffrey Simpson a publié sa dernière chronique le 1er juillet dernier, jour de la Fête du Canada. Intitulée « State of the nation », elle mérite d’être lue d’un bout à l’autre. C’est un modèle d’analyse et de réflexion, qui apporte, au sujet de la situation de notre pays, une bonne dose d’optimisme, pourtant dénuée de toute naïveté ou de jovialisme bébête. (Autrement dit : vous allez apprécier, même si vous n’êtes pas fan de Justin Trudeau…). Je mets le lien ici, , mais sachez que le texte est accessible aux abonnés du Globe seulement.

Je recopie ici un extrait. Qui concerne, non pas l’état du pays, mais le journalisme, et les journalistes (Si vous voulez ceci en français, René Vézina l’a traduit sur son blogue):

«We journalists tend to focus on what goes wrong, and what needs fixing. But a career of criticism and cajoling should not cause those of us who have practised this craft to forget, as the curtain falls, that the best journalist should always try to see things in the round; that they should be reporters first; that they themselves are never the story and therefore should avoid the narcissism of writing about themselves; that if they are any good at all they will remain romantics at heart; that the men and women about whom they write come from among us and therefore do their best at a difficult job; and that journalists practise their craft because it offers, as the first and arguably best Globe and Mail political columnist, George Bain, once advised a young successor ‘two seats in the front row to the best show in town’».

En lisant cela, je me demandais, entre autres :

que reste-t-il de tout ceci, à l’ère de l’ « ego-journalisme » où tant les médias que les médias sociaux sont envahis par du monde qui s’efforcent surtout, précisément, de mettre le spotlight sur eux-mêmes ? Que reste-t-il de cette attitude romantique, ou à tout le moins civilisée, envers ceux et celles dont on couvre le travail, alors que la démagogie paye tant, que c’est « la » recette pour récolter des clics, et de la présence sur les ondes ?

Et pour finir : combien de temps de telles façons de voir et de pratiquer le journalisme vont-elles pouvoir survivre ? Qui va les financer, et comment ?

Qu’en pensez-vous ?

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