Le fléau de la fausse info

Étant appelée à commenter (pour la enième fois) des déclarations outrancières de Donald Trump à l’émission RDI Matin  week-end  dimanche dernier, je suis tombée, en faisant mes recherches, sur cet article dans le quotidien australien Sydney Morning Herald , qui trace un parallèle entre la façon qu’a Trump de manipuler l’information, et les méthodes de propagandes récemment utilisées par… la Russie. L’auteur de l’article, Chris Zappone, y cite une étude faite par deux sociologues de la RAND Corporation, qui ont décortiqué les techniques employées par la Russie.

Ils écrivaient, entre autres : «It is on the internet where domestic and international politics collide and where anonymity provides an enormous back door into influencing political perceptions within other countries. And it’s on the internet that Russia has used its information war capabilities on its neighbours in Eastern Europe and then Europe as a whole. « Russia has taken advantage of technology and available media in ways that would have been inconceivable during the Cold War. »

Trudeau-Trump
La fausse info: de plus en plus payante, par rapport à la vraie…

La Russie, soulignent les auteurs de l’étude, utilise les médias en ligne et les médias sociaux comme un véritable boyau d’arrosage, pour émettre des faussetés («firehose of falsehoods»), avec des information « rapides, continues et répétitives, sans aucun souci de consistance, ou d’exactitude objective». Et ils ajoutent : «(Those methods ) « run directly counter to the conventional wisdom on effective influence and communication from government or defense sources, which traditionally emphasise the importance of truth, credibility, and the avoidance of contradiction. »

Leur étude ne fait pas référence à la campagne de Trump, mais on peut, effectivement, tracer un parallèle. C’est  le même phénomène qui intervient : les fausses informations, surtout si elles sont de nature à provoquer un impact émotionnel fort, et/ou à renforcer des peurs et des préjugés déjà existants, voyagent toujours plus vite que tous les démentis qu’on pourra publier par la suite. Et donc, même si elle finit par être réfutée, c’est la fausse information qui exerce une impression durable, dans l’esprit de beaucoup de gens. Et, c’est là-dessus que Trump a misé : des demis-vérités, des approximations et, souvent, carrément des faussetés, lancées à l’emporte-pièce, qui ont voyagé beaucoup, et qui ont fini par créer des perceptions durables…

Et c’est plus payant aussi…

Mais il y a autre chose : le problème n’est plus lié seulement à la façon dont l’information circule et est retenue. Il s’avère, en plus, que le « business » de la fausse information peut être singulièrement payant, comparé à celui de l’information exacte. Le journaliste Jeff Yates qui, dans Métro, s’est précisément donné comme mission de démentir des fausses informations sous l’identité de L’inspecteur viral, publiait ce texte, intitulé Comment gagner 10 000$ par mois en publiant des fausses nouvelles, et qui aborde la question en parlant d’une sorte de « mini-empire » à la matière, créé par deux Canadiens. Allez lire l’article, cela vaut la peine. Pour résumer la dynamique simplement : d’une part, une fausse nouvelle ne coûte rien à fabriquer, si on peut dire : pas besoin de chercher l’info, de confirmer, de vérifier… suffit d’inventer. Et, d’autre part, on a tout le loisir d’inventer quelque chose de frappant, voire d’outrancier, qui va voyager vite sur les réseaux sociaux, et générer des clics. Et comme, sur internet, la rentabilité dépend des clics… Les faussetés sont payantes, l’information ne l’est pas.

Et donc, avec tout cela, les médias d’information se retrouvent assaillis de toutes parts, tout en étant de plus en plus privés de moyens. Car l’enjeu, on l’a toujours dit, c’est l’attention des gens, et leur temps. Or, on se retrouve fasse à des adversaires qui sont désormais en mesure d’accaparer très facilement l’attention des gens, en investissant très peu par rapport à ce que font les médias d’information, tout en étant plus facilement en mesure de gagner de l’argent. Cela apparaît de plus en plus comme une bataille impossible à remporter… Alors que des informations véridiques, par rapport à des aspects qui nous touchent tous (la politique, l’administration publique, l’état de nos hôpitaux, de nos écoles, la corruption, l’incompétence et les magouilles dans le système public, etc.) sont essentiels…

Comment les rendre rentables ? Et les annonceurs, et les régies publicitaires de ce monde, ont quand même une responsabilité là-dedans, non ? Qu’en pensez-vous ?

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