Le transport, mal aimé de la politique

Laurent Lessard vient de succéder, à la tête du ministère des Transports du Québec, à Jacques Daoust, qui était en place depuis le début de 2016 seulement. On ne reviendra pas ici sur la controverse qui a entraîné la démission de Jacques Daoust,  liée à son ministère précédent, celui de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations.  Mais c’est une occasion d’attirer l’attention sur le peu de prestige que récolte, dans la sphère politique, tout ce qui se rattache aux transports.

Dans l’univers politique, quand on pense à des « ministères prestigieux » à quoi pense-t-on? D’abord à la Santé, puis à l’Éducation… Mais certainement pas aux transports. On a tous encore en tête le cas de Yves Bolduc, à qui le premier ministre Philippe Couillard a donné le ministère de l’Éducation, pôur le consoler de ne pas lui avoir confié celui de la Santé, réservé à Gaétan Barrette. Et l’Éducation, ça compte encore parmi les ministères de prestige… Mais certainement pas les Transports, où, selon la perception générale, le ministre semble être vu comme un gérant de chantier plutôt qu’autre chose.

Transport-avenirOn porte encore sur les transports le même regard que dans les années 50 et 60, alors qu’existait le « ministère de la Voirie ». Le nom a beau avoir changé, les perceptions restent les mêmes : quand on entend « transports », on pense d’abord chantiers, contrats d’asphaltes, bulldozers et rouleaux compresseurs. Et le (ou la) ministre en charge de ce domaine est  vu(e), essentiellement, comme un(e) gérant(e) de chantier magnifié(e).

Alors que… Quand on parle de transport en 2016, de quoi parle-t-on, hormis de routes, de ponts et de leur entretien?

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La vision des transports devrait être en phase avec la réalité de 2016….

On parle d’un domaine affecté au premier plan par les changements technologiques qui sont en train de transformer la société. Sous la forme du dossier de Uber, dont on a tant parlé, au point que le terme « ubériser » est passé dans le langage populaire pôur décrire des bouleversements semblables dans des domaines aussi divers le tourisme, le droit, la santé ou l’enseignement.

On parle des déplacements des gens, ce qui touche à quantité d’enjeux primordiaux dans notre société. Parler de transport, c’est parler de développement durable, de la nécessité de réduire la congestion, et la pollution que cela entraîne. C’est parler de transport collectif; mais pas de façon cloisonnée comme on l’a toujours fait jusqu’ici, en parlant d’un côté de réseau routier et de circulation automobile, et de l’autre côté de transport en commun, en les traitant de façon séparée, et même en les opposant… mais plutôt, en réfléchissant au « cocktail de transports », pour employer le terme à la mode: réfléchir aux façons de rendre les déplacements des gens plus fluides et plus efficaces, en combinant voitures, trains de banlieue, métros, autobus, services d’auto-partage  tels Communauto et Car2go, taxis, et même vélos quand ça convient, et Bixi dans le Montréal central.

On parle, en lien avec tout ça, des changements en profondeur qui se vivent dans le monde du travail: les entreprises et organisations qui intègrent de plus en plus le télétravail et les horaires flexibles, les horaires plus atypiques qu’avant qui en résultent…  On parle, aussi, de l’émergence des lieux, de plus en plus nombreux, consacrés au co-travail (co-working). On parle aussi de la création d' »interlieux », qui intéressent tant les travailleurs autonomes que les employés d’organisations qui pratiquent le télétravail… Et qui, dans un cas comme dans l’autre, veulent travailler au moins parfois hors de leur domicile, sans forcément se rendre au bureau dans leur entreprise.

Et donc, parler de transport, c’est s’intéresser à des déplacements autres que ceux faits dans le cadre du traditionnel horaire de 9 à 5, et pôur d’autres trajets que ceux qui vont des banlieues vers les centre-ville. Et, c’est s’y intéresser, à la fois, parce que ces changements se produisent déjà, et pour chercher des moyens de faciliter ces changements. Afin de rendre les déplacements plus fluide, réduire la congestion, réduire la pollution , et donc aider la lutte aux changements climatiques.

En resumé, il nous faudrait une vision des transports pas mal plus en phase avec la réalité de 2016.  Et qui s’éloigne de « la voirie » d’il y a 50 ans…

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