« Bell cause pour la cause » : c’est bien. Mais maintenant…

Bell a lancé en 2011 l’évènement Bell cause pour la cause, journée où l’on encourage les gens à partager leurs témoignages et leurs réflexions en lien avec les questions de santé mentale. Le but : briser l’isolement, et la stigmatisation dont souffrent les gens qui ont un problème de santé mentale.

En plus de contribuer à conscientiser par rapport aux questions de santé mentale, ce mercredi 25 janvier, pour chaque message texte et appel (mobile et interurbain) fait par les abonnés de Bell, de même que, entre autres, les messages adressés via Twitter et Instagram avec le mot-clic #BellCause, Bell verse 0,05$ à des initiatives en santé mentale.

08_street_column_mtl_michel_02L’initiative a le grand mérite de contribuer à faire parler davantage de santé mentale. Une question qui, jusqu’à récemment, état occultée du discours public : ceux et celles qui se débattaient avec la dépression, l’anxiété, les attaques de paniques, pour ne nommer que ces problèmes-là, n’en parlaient tout simplement pas – j’en sais quelque chose – de crainte d’être jugés.

Depuis quelques années, on ose davantage parler de santé mentale. Et, d’en parler comme un problème qui touche à peu près tout le monde. Le mérite n’en revient bien sûr pas uniquement à Bell. Mais il ne faut pas sous-estimer l’impact de son initiative, et des immenses moyens de communication qui sont déployés. Les médias se sont mis de plus en plus à en faire écho, et à consacrer des reportages aux questions de santé mentale, en anticipation de la journée. On a ainsi pu lire, dans La Presse la semaine dernière, cette chronique de Patrick Lagacé, sur la difficulté qu’il y a à obtenir de l’aide psychologique dans le système de santé public.

Il revient d’ailleurs aujourd’hui sur la question, en traitait précisément de l’aspect auquel je veux m’attaquer aujourd’hui : le travail. Tout d’abord, quand on craint de parler de problèmes de santé mentale, pour commencer, c’est en bonne partie par crainte d’être catalogué., en particulier dans son cadre de travail, comme « faible», «pas fiable», et de se faire placer sur une sorte de voie d’évitement. Et puis, comme le souligne Lagacé dans sa chronique, une immense quantité de problèmes de santé mentale sont dus à « une gestion de ressources humaines merdiques», dans quantité d’entreprises et d’organisations. C’est un immense tabou. Il n’est pas si étonnant que le premier réflexe soit de médicaliser les problèmes: c’est beaucoup moins compliqué de chercher la pilule à prescrire que de questionner les façons de faire dans les entreprises. Et puis de questionner, plus globalement encore, notre rapport au travail, et la place accordée à nos familles et au reste de notre vie à travers tout ça. Les remises en question qui s’imposeraient sont tellement nombreuses, et tellement fondamentales, que cela donne le vertige. Et qu’on ne sait pas par où commencer.

Mais quand même, essayons.

Premier constat: on accepte, dans notre cadre de travail, des abus qu’on ne tolère désormais nulle part ailleurs. On endure, de la part de patrons – et parfois de collègues – des choses qu’on juge désormais inacceptables d’un professeur, d’un policier, d’un professionnel de la santé, d’un parent: abus de pouvoir, pression indue, dénigrement, formes diverses de harcèlement psychologiques parfois grossières, parfois insidieuses… Tout cela installé au fil de pressions qui, parfois, se sont installées tranquillement; et, maintenu par le peur de se retrouver exclus et sans emploi. Dans bien des organisations, les employés et les cadres se soumettent à des évaluations périodiques. Mais, ultimement, qui évalue les patrons?

Deuxième constat : les organisations sont, par nature, réfractaires aux changements et aux remises en question. Même quand, ultimement, elles auraient tout à y gagner. Mais la perspective des bouleversements à court terme dérange trop pour qu’on puisse seulement entrevoir les gains possibles à long terme. Dans combien d’entreprises, par exemple, voit-on les dirigeants remettre en question ce réflexe de vouloir toujours avoir les employés « sous les yeux », et les obliger à tout prix à se déplacer? Bien sûr, il y a des emplois où il est indispensable d’être sur place. Mais pour beaucoup d’autres, non; le travail peut tout aussi bien se faire à distance. Toute l’absurdité de ces pratiques ressort particulièrement lors de journées comme celle d’hier (mardi 24 janvier), avec le verglas tombé sur la région montréalaise en début de matinée. C’était une situation extrême. Mais les problèmes de congestion, avec retards, stress, et tout ce qui s’ensuit, sont vécus au quotidien par des milliers de personnes. Les répercussions de tout cela sur la santé mentale ne sont pas forcément immédiates. Mais c’est bel et bien un élément important de l’équation. Il avait été beaucoup question, en novembre dernier, de cette étude de l’Institut de la statistique du Québec sur les conséquences qu’ont les conditions de travail sur la vie familiale, sur les comportements des parents envers les enfants … et ultimement, sur la santé mentale de tout le monde. Mais, dans combien d’entreprises let d’organisations les dirigeants se montrent-ils prêts à remettre en question les pratiques ? La résistance au changement est encore immense, comme on peut le voir dans cette entrevue  avec la chercheuse Diane-Gabrielle Tremblay, spécialiste de ces questions.

Troisième constat: c’est facile, de la part des entreprises, d’adhérer publiquement à des causes, qui vont leur valoir des louanges, et l’appui de tout le monde. Ça l’est moins de questionner ses propres façons de faire, ses valeurs, et son éthique. C’est très bien, de la part de Bell, d’avoir ainsi épousé cette cause. Idéalement, la prochaine étape, ce serait de se poser la question : comment les choses se passent-elles vraiment, sur le plan des ressources humaines? Les gens sont-ils heureux, motivés, valorisés ? Et ceux qui travaillent au service, par exemple, ont-ils l’impression de proposer quelque chose de bien à leur clientèle ? Ou nagent-ils souvent en pleine absurdité ?

À quoi riment au juste les belles opérations de communications mises sur pied par tant d’entreprises en faveur de diverses causes ? S’agit-il de quelque chose de réel et d’incarné? Ou est-ce davantage un écran de fumée,  et une diversion ? Parfois, cela rappelle l’époque où l’Église catholique vendait des «indulgences» à certains riches chrétiens, qui s’imaginaient ainsi gagner leur Ciel malgré leurs nombreux péchés… Combien d’entreprises s’achètent-elles ainsi une bonne conscience et une belle image tout en négligeant leur gestion, et en accumulant dans leurs rangs burn-outs et dépressions  ?

Qu’en pensez-vous ?

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