En revoyant le premier Blade Runner…

Comme beaucoup l’ont fait, en anticipant l’arrivée du Blade Runner 2049 signé Denis Villeneuve, j’ai revu il y a peu de temps le premier Blade Runner, réalisé en 1982, par  le britannique Ridley Scott. Et, je veux parler ici d’un tout autre sujet que de la qualité cinématographique de l’un ou l’autre film: à savoir, comment on représente en général l’avenir, dans beaucoup d’oeuvres de science-fiction/anticipation qui finissent par avoir un grand impact.

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Le monde de 2019, tel que vu dans le Blade Runner de 1982…

Pour Blade Runner,  que j’avais vu pour la première fois vers la fin des années 80, une chose, que j’avais oubliée, m’a tout de suite frappée: l’action se déroule… en 2019 ! On est à deux ans d’y arriver ! Et  à quoi ressemble le 2019 de Blade Runner? Dans un Los Angeles post-apocalyptique, suite à une guerre nucléaire, il fait toujours noir et il pleut sans cesse. (Le roman de Philip K. Dick, Do Androïds Dream of Electric Sheep?, écrit en 1976, situait quant à lui l’action en 1992. Et, en ce qui concerne la situation de notre planète, le même genre de scénario-catastrophe prévaut.)

C’est une chose que partagent ainsi quantités d’œuvres qui, avec le temps, se sont révélées marquantes pour notre culture : les scénarios sont résolument pessimistes (et c’est même un euphémisme) quant au sort de la planète ou de l’humanité, et en général des deux. Que ce soit avec des séries télé comme Cosmos 1999 et des films tels Soleil Vert (Soylent Green, dont l’action se déroule en 2022), on s’est fait marteler la même chose : la catastrophe nous guette obligatoirement, que ce soit en raison d’un conflit nucléaire et du massacre de notre environnement.

Loin de moi l’idée de minimiser l’importance de ces enjeux, surtout ces temps-ci, alors que, d’une part, l’effet des changements climatiques semble sérieusement se faire sentir et que, d’autre part, la menace nucléaire ressurgit tout à coup de façon plus aiguë, à la faveur de l’escalade entre Donald Trump et Kim Jong-Un… Mais quand même : pourquoi ne relève-t-on a peu près jamais le fait que, jusqu’à présent, les choses sont toujours allées moins mal que tout ce qu’on a eu tendance à imaginer ?

Tout cela m’a remis en tête le propos défendu par Matt Ridley, auteur du livre The Rational Optimist, paru en 2010. Si vous ne voulez pas vous taper son livre, allez au moins regarder sa conférence TED. Et si vous voulez avoir une petite idée de son propos, vous pouvez aussi aller lire ce billet que j’avais écrit en 2011… Parmi les principales choses que met de l’avant Ridley, il y a entre autres  ceci:

–  Globalement et à long terme,  les choses n’ont pas cessé de s’améliorer pour l’humanité.

– Malgré tout, et pour plein de raisons, le pessimisme et les scénarios-catastrophes prédominent. C’est d’ailleurs, on dirait, une des seules façons d’avoir du succès et d’être populaire : Vous voulez vous faire taxer et d’insensibilité et de naïveté? Mettez l’accent sur ce qui va bien. Vous voulez avoir un best-seller, gagner un Genius Award, un prix Pulitzer, un Oscar ? Annoncez la fin du monde. (Et de préférence en blâmant tout ce qui est lié au commerce, au développement et au capitalisme….)

Et c’est important, bien sûr, de sonner l’alarme par rapport à des dangers qui nous menacent, et de conscientiser les gens par rapport à ce qu’il est important de changer. Mais l’excès de pessimisme représente aussi un danger : «If you teach children that things can only get worse, they will do less to make it untrue, écrit James Ridley. I was a teenager in Britain in the 1970’s (…). I realised about the age of 21 that nobody had ever said anything optimistic to me about the future of the human race – not in a book, a film, or even a pub, Yet, in the decade that followed, employment increased, especially for women, health improved, otters and salmon returned to the local rivers, air quality improved, cheap flights to Italy began from the local airport (…) I feel angry that I was not taught and told that the world could get much better.”

C’est une chose à ne pas perdre de vue : à force de tellement se concentrer sur les scénarios pessimistes, on finit par perdre la perspective, par perdre espoir, par se démotiver, et risquer de démissionner collectivement, plutôt que de chercher à agir.

Je n’ai pas encore vu Blade Runner 2049. J’ai bien hâte de voir de quoi le monde est supposé avoir l’air en 2049… Mais je vais me permettre de signaler ceci : en 2049, c’est loin d’être impossible que je sois encore là, à 84 ans, et capable de constater de quoi les choses auront l’air « pour vrai. » Alors que, il y a 40 ou 50 ans ça aurait été extravagant à envisager comme hypothèse… Et donc, voilà déjà une chose qui vient démentir bien des scénarios-catastrophes.

Qu’en pensez-vous ?

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