Nicolas Hulot: questions sur sa démission… et son défaitisme

Les premières réactions à la démission de Nicolas Hulot de son poste de « Ministre de la transition écologique et solidaire » (ministre de l’environnement, quoi) en France, peuvent se résumer, majoritairement, à deux éléments:

1- On l’a accueilli en héros, et on a salué le courage qu’il montrait à défendre ainsi ses convictions, sans faire de compromis.

2- On a renchéri avec lui quant au fait que, en effet, on est foutus, que les choses sont rendues trop loin, que les gestes et les remises en question de chacun ne servent à rien… et surtout, que nulle part en politique on ne s’intéresse à l’environnement, et qu’il est illusoire d’espérer changer quoi que ce soit en travaillant dans le système actuel.

hulot

Il y a quand même pas mal de gens qui ne sont pas d’accord. Entre autres Mickaël Carlier, fondateur et éditeur de Novae, dont je vous invite d’ailleurs à lire le billet à ce sujet. Je ne le suis pas non plus. Et j’ai des questions sur pas mal de points. En voici quelques-unes.

«Je démissionne, il n’y a plus rien à faire ». Eh bien oui, il a démissionné. Et en plus, il l’a fait en direct, lors d’une émission de radio, sans avoir avisé qui ce soit parmi ces collègues, et surtout pas le président Emmanuel Macron. Fort bien. Mais maintenant, qu’est-ce que ça donne ? À quoi ça avance ? Fort bien, il a fait son show… Et oui, ok, ça a le mérite de remettre le sujet de l’environnement à la une. Mais, entre vous et moi, pour combien de temps ? Et surtout, si c’est pour en parler en finissant par se dire qu’on est foutus, qu’est-ce que ça donne ? Nicolas Hulot était ministre d’État, ce n’est quand même pas rien. Il n’était pas quantité négligeable dans le gouvernement, loin de là. Il dit lui-même que, il n’en a pas parlé à Macron parce que celui-ci « l’aurait sans doute dissuadé » de démissionner. Alors… Il était bien placé pour exercer de la pression, afin d’avancer ses points de vue, non ? Pour commencer, n’aurait-il pas pu, en direct, mettre sa démission sur la table, menacer de quitter si les choses ne bougeaient pas par rapport à tel ou tel enjeu ? Il semble qu’il était bien placé pour le faire.

Oui, le système politique est lourd, « corrompu » à de multiples égards (soumis à  l’influence de multiples lobbys, etc.). Oui, les choses bougent trop lentement (pour l’instant.) Mais justement, Hulot était DANS le système. Un système plus qu’imparfait, oui, mais qui a accompli des choses considérable pour l’humanité (du moins pour les humains qui, comme nous, ont la chance de vivre dans des pays démocratiques et assez riches.)  Hulot était dans une position unique pour le faire bouger, ce système. Maintenant, que va-t-il faire ? Ce rêve de « repartir à zéro », cette vision de la table rase, sont des illusions très populaires parmi ceux qui s’identifient à la gauche, à des visions progressistes… Mais ce sont des illusions dangereuses. Qui font perdre à tout le monde du temps et de l’énergie. Alors que pourtant, Dieu sait que nous n’en avons pas à gaspiller.

«On ne parle d’environnement nulle part, et surtout pas en politique. » Là, attention. C’est vrai que, «l’environnement » comme tel est peu évoqué. Pas parce que n’intéresse pas les gens, et qu’ils ne se sentent pas concernés. Mais, souvent, parce que c’est une trop grosse bouchée à prendre. On ne sait pas par où commencer. Si on parle d’environnement, on parle de faire quoi ? Réduction des déchets ? Dépollution des océans ? Remise en question de l’agriculture à grande échelle ? (Et dans ce cas, il peut y avoir de multiples sous-questions: réduction des pesticides; adoption de cultures qui prennent moins d’eau;  qui sont moins énergivores; etc.) Réduction des gaz à effets de serre ? On dit qu’on ne parle pas d’environnement, mais attention. L’environnement, c’est un peu comme Dieu dans le petit catéchisme de l’ancien temps: il est partout. Dans les questions de transport et de mobilité, entre autres. Et, pour ne prendre justement que cet exemple-là, on en parle de plus en plus, des questions de transport et de mobilité. D’accord, peut-être pas assez, et encore là, ça ne bouge pas assez vite. Mais on ne peut pas dire qu’on n’en parle pas. Et puis, en lien avec ces questions de mobilité (et donc, réduction des émissions de CO2), il y a des remises en question fondamentales à faire, en ce qui concerne l’univers du travail. Ça, c’est vrai qu’on n’en parle nettement pas assez… Mais ça commence, et ça ne fera qu’augmenter. (Et je vais sûrement y revenir.)

«On est foutus, c’est la fin.» C’est une opinion. Et, c’est vrai qu’on n’a pas à chercher trop loin afin de trouver des éléments pour l’alimenter. Mais quand même, gardons en tête que c’est une opinion qu’on a vu émerger de façon récurrente dans l’humanité, depuis des millénaires: cette vision du fait que « la fin du monde est proche.» Oui, il y a urgence d’agir. Oui, le tableau d’ensemble semble souvent désespérant quand on le regarde. Mais ne sous-estimons pas non plus la capacité dont les humains ont toujours fait preuve pour résoudre les problèmes. Quand les choses se mettent à bouger, ça peut parfois aller vite. Surtout si on a un sentiment d’urgence, comme c’est en train de devenir le cas. (Oui, je suis d’accord que ce serait bien d’agir autrement que dans l’urgence… on y viendra peut-être.) Voici quelques exemples de choses qui changent étonnamment: le végétarisme n’est plus une affaire de « flyés marginaux » (et si on inclut les gens qui ont simplement réduit de beaucoup leur consommation de viande -j’en suis – c’est encore plus vrai); les questions de mobilité sont devenus un enjeu; les nouvelles formes d’énergie aussi; les solutions se multiplient pour récupérer le plastique qui pollue les océans. Et encore… je n’ai toujours pas vu le documentaire « Demain ».

Je termine avec cette citation de Hubert Reeves, que j’ai vue publiée sur Facebook, par le réalisateur François Dunn:

« Je prends l’attitude Churchill : non, je ne cède pas. Il faut prendre volontairement l’attitude que ce n’est pas foutu, sinon, c’est foutu ! Ça me paraît la seule qui peut mener quelque part. On ne sait pas quel est l’avenir, mais faisons comme s’il y en a un.»

3 commentaires

  1. C’est une question de leadership collectif et de courage !

    Ce monde imparfait et fragile qui est dans nos mains et auquel nous devons redonner sens, manifester notre liberté vivante en le sauvant de sa destruction, le rendre plus durable pour continuer l’aventure humaine.

    Un vrai leader ne se laisse rien imposer. Il écoute, il invente, il crée, il oriente, il prend conscience que son rôle est au service du destin de l’humanité.

    Nous ne devons pas compter sur un leader, mais sur notre capacité à tous d’exercer un tel «leadership», il faut simplement avoir le courage de notre puissance.

    Le courage est naturel chez l’humain et j’invite chacun de nous à s’engager sur la veinure qui relie la lâcheté et la témérité et ainsi créer un arc-en-ciel de leaders qui sauront créer les voies de la richesse économique, matérielle et spirituelle.

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  2. Il n’est pas question de manque de leadership ou de courage, mais d’une conviction profonde personnelle qu’il n’y a plus rien à faire, qu’il est trop tard. Même si on renversait totalement la vapeur, il est déjà trop tard. Il est des décennies trop tard. Les scientifiques écologistes le savent et ça se discute amplement dans le milieu. La désaffection silencieuse de la plupart des militants les plus en vue, les mieux informés, devrait faire comprendre au reste de la population ce qui surviendra et ce qui est déjà en train de survenir. Les modélisations informatiques pourraient toujours se tromper, mais si vous les voyiez, vous laisseriez Hulot en paix et vous iriez serrer très fort vos proches, ce que lui est probablement en train de faire maintenant.
    Je paraphraserai Gandalf dans le Seigneur des anneaux : « Pauvres fous, fuyez ! » Mais il n’y a nulle part où fuir !

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  3. En complément d’information :

    Un sentiment courageux provient de ce qu’une situation parfaitement défavorable devient un objet d’élévation pure.

    Cette élévation ne peut se prolonger, à moins qu’on ne fasse abstraction des illusions de la PEUR et qu’on ne s’élève au-dessus de ses propres intérêts.

    C’est cet état d’esprit qui constitue la sublimité du courage; et par conséquent, de métamorphoser le contexte actuel.

    La conviction profonde du militant est ce qui lui permet d’atteindre un but que les autres ne peuvent toucher.

    Alors qu’un leader courageux, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir.

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